Le mot « fourbure » fait peur à tous les propriétaires de chevaux, et c’est normal : c’est une urgence, et une maladie qui peut durer. Mais un cheval fourbu n’est pas forcément un cheval perdu. Voici ce qu’il faut comprendre, simplement, pour réagir vite et accompagner son cheval du mieux possible.
Que se passe-t-il dans le pied ?
Dans le pied du cheval, un os (la troisième phalange, ou os du pied) est suspendu à la paroi du sabot par des milliers de petits « lamelles » qui s’emboîtent comme les dents de deux peignes ou un scratch. C’est ce système, appelé le lamellaire, qui maintient l’os en place et supporte le poids du cheval.
Dans la fourbure, ces lamelles sont abîmées et ne remplissent plus bien leur rôle. Le pied devient douloureux. Dans les cas sévères, l’os peut bouger à l’intérieur du sabot (bascule ou enfoncement), ce qui aggrave la douleur et complique la récupération.
D’où vient la fourbure ?
La fourbure est rarement un problème de pied isolé : c’est souvent le signe d’un déséquilibre dans le reste du corps. Les causes les plus fréquentes sont :
- Les troubles hormonaux et métaboliques : syndrome métabolique équin, dérèglement de l’insuline, dysfonctionnement de l’hypophyse (parfois appelé maladie de Cushing chez le cheval âgé). Ce sont des causes très courantes.
- L’alimentation : herbe riche en sucres (printemps, automne, après une période de gel ou de sécheresse), excès de concentrés ou de céréales, accès soudain à un pâturage riche.
- Le surpoids, qui favorise les troubles métaboliques.
- La surcharge d’un membre : lorsqu’un cheval boîte sévèrement d’un côté, le pied opposé supporte tout le poids et peut devenir fourbu.
- Une maladie ou une infection grave (coliques, rétention placentaire, infections) ou certains traitements (corticoïdes).
La cause n’est pas toujours évidente. C’est pourquoi un bilan vétérinaire est indispensable.
Comment la reconnaître ?
Les signes peuvent être discrets au début, ou apparaître d’un coup :
- le cheval est réticent à avancer, surtout sur sol dur ou dans les virages
- il se tient en reculant le poids vers l’arrière, ou avance les antérieurs pour soulager les pinces (avant du pied)
- il transfère son poids d’un pied à l’autre, se couche plus souvent
- les pieds sont chauds, et les pulsations à l’artère sur le boulet sont fortes et bien perceptibles
- dans les formes chroniques : cercles de croissance de plus en plus écartés vers les talons, pied déformé, sole fine et sensible, ligne blanche élargie
Que faire en cas de doute ?
Si vous suspectez une fourbure, appelez immédiatement votre vétérinaire. C’est une urgence : plus le traitement démarre tôt, meilleures sont les chances de limiter les dégâts.
En attendant son arrivée :
- ne forcez pas le cheval à marcher, et ne le faites pas trotter
- mettez-le au repos, sur un sol mou et épais (litière profonde, sable, copeaux)
- retirez-le de l’herbe et des concentrés
- notez ce que vous avez observé et depuis quand : cela aidera le diagnostic
- appelez votre podologue qui mettra en place un équilibre du pied pour relativiser l’impact mécanique
Suivez les consignes du vétérinaire pour les traitements : je ne donne aucune recommandation de médicament ou de dosage.
Et après ? Le rôle de l’équipe autour du cheval
Une fourbure se gère en équipe : le vétérinaire pose le diagnostic, identifie la cause, prescrit les traitements et fait réaliser des radiographies si nécessaire. Le professionnel du parage intervient ensuite en complément, en s’appuyant sur ces informations.
Mon travail consiste à :
- soulager les pieds en respectant leur morphologie, avec des parages légers et rapprochés, adaptés à ce que le cheval supporte
- suivre l’évolution du pied d’un passage à l’autre
- aider à choisir, si le vétérinaire est d’accord, un soutien pour le pied (par exemple des bandes de résine ou des bottes de protection avec une zone de soulagement)
- donner des conseils sur la gestion du quotidien : terrain, sol, environnement
Le parage seul ne guérit pas une fourbure, surtout lorsqu’elle a une cause métabolique. Il accompagne un travail qui passe aussi par la gestion de la cause.
Le quotidien d’un cheval fourbu
Pour de nombreux chevaux, la clé est dans la gestion au quotidien :
- L’alimentation : foin pauvre en sucres (parfois trempé 30min), accès limité à l’herbe, muselière/panier de pâture si besoin, pas de concentrés riches en amidon.
- Le poids : un cheval trop gras est plus à risque, une perte de poids progressive aide souvent.
- Le sol : sol mou et régulier pendant la phase douloureuse, puis un terrain varié et progressif lorsque le cheval va mieux.
- Le mouvement : au repos strict au début, puis reprise très progressive, selon l’avis du vétérinaire.
- Le suivi : parages réguliers et rapprochés, et surveillance de l’évolution des pieds.
Fourbu, mais pas foutu
Des chevaux fourbus retrouvent du confort, et beaucoup reprennent une vie normale ou presque, parfois après des mois d’efforts. L’issue dépend de la cause, de la gravité des dégâts dans le pied, de la rapidité de la prise en charge et de la régularité du suivi. Certaines fourbures laissent des séquelles ou reviennent si la cause n’est pas maîtrisée : il faut rester vigilant.
Ce qui compte, c’est de réagir vite, de comprendre la cause, de s’entourer d’une bonne équipe et de rester patient. Un cheval fourbu demande du temps, mais la plupart du temps, il y a de l’espoir.
Besoin d’un accompagnement ?
Si votre cheval est fourbu ou fragile des pieds, je propose un suivi rapproché, toutes les 1 à 3 semaines, en complément du suivi de votre vétérinaire. Contactez-moi pour en discuter.
Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis de votre vétérinaire. En cas de suspicion de fourbure, contactez-le sans attendre.

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